Le Visiteur
est une revue annuelle,
illustrée et
traduite en anglais.
Format 220 x 260 mm
Broché,
couverture souple.
Environ 160 pages.
Poids : environ 650 g.
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
  • 11
  • 12
  • 13
  • 14
  • 15
  • 16
  • 17
Éditorial
Karim BASBOUS

Dossier João Luís Carrilho da Graça (Portugal)


La quête du silence
Judith Rotbart et Laurent Salomon

La pensée suspendue
Laurent Beaudouin

« He leaped the fence and saw that all nature was a garden »
Victor Diniz

Colloque « Théorie et projet »


Au nom du «concept»
Karim Basbous

Une esquisse du désir d’architecture
K. Michael Hays

L’oeil de la théorie
Philippe Potié

Ornement et subjectivité, de la tradition vitruvienne à l’âge numérique
Antoine Picon

La fin du numérique : la fin du commencement, et la fin du projet
Mario Carpo

Existe-t-il de bonnes théories en architecture ?
Pierre Caye

Soulever pour l’éternité
Olivier Gahinet

Michel Kagan : une architecture polyptique
Laurent Salomon

La construction de l’architecture, entre talent et idées
Franco Purini

Alvar Aalto, ou la structure silencieuse
Paolo Amaldi

Quand Corbu faisait son cinéma
Claude Prelorenzo

Éditorial

Karim BASBOUS

Dans cette 17e livraison, Le Visiteur a souhaité présenter l’œuvre d’un architecte majeur de notre temps ; immergée dans les terres du baroque ibérique dont les ondulations et les motifs chantent l’esprit des bâtisseurs lusitains, l’œuvre de João Luís Carrilho da Graça offre la tranquillité des surfaces nues. L’art difficile d’être simple, cet art de la retenue que cultive Carrilho semble permettre à ses projets de se détacher du présent. Ils s’opposent à un certain bavardage actuel et s’éloignent de l’ornementalisme en vogue aujourd’hui, celui qui ne s’exprime que dans l’enveloppe. Ils offrent un aspect intemporel, hiératique, affichant une certaine réserve vis-à-vis du contexte immédiat pour raviver des figures immémoriales de l’architecture, des archétypes que l’on retrouve dans chaque bâtiment.
À l’École de musique et au pavillon de la Connaissance de Lisbonne, l’architecte réinterprète le modèle du cloître : une enceinte opaque confisque les vues, afin de les libérer, à travers quelques trouées ponctuelles judicieusement disposées. Dans le bâtiment des archives de la présidence de la République, il renouvelle le thème du mur, sous la forme solennelle, quasi sacrée, d’un rectangle blanc suspendu au-dessus d’un plan d’eau d’un noir abyssal, derrière et sous lequel s’organise le programme.
Ce dossier consacré à l’œuvre de l’architecte portugais, avec des contributions de Laurent Beaudouin, de Judith Rotbart et de Laurent Salomon, ainsi que de Victor Diniz, constitue la première critique de son œuvre en langue française.
La seconde partie du numéro rassemble des textes issus du colloque « Théorie et projet1 ». À un moment où la théorie semble parfois remplacer le projet, sans bénéfice pour l’un ni pour l’autre, nous avons souhaité faire le point sur le rapport qu’entretiennent la pensée et l’acte de projeter.
Dans une grande partie de la production architecturale contemporaine, la théorie se présente sous la forme à la fois vaine et obsédante du « concept » ; j’ai cherché à montrer cette mainmise des discours sur le travail de conception, et d’en mesurer les conséquences au sein de la discipline architecturale. Michael Hays se penche, lui, sur ce qu’il considère être une régression antithéorique de la discipline ; en se référant à Jacques Lacan et Theodor Adorno, il y voit la fin de « l’Autre » de l’architecture. Philippe Potié sonde les origines de la notion de « théorie » pour y déceler le lien entre la parole oraculaire et la pensée aphoristique.
La critique des outils de la modélisation informatique qu’effectue Mario Carpo cherche à dévoiler, derrière l’apparente variété des options que présente la modélisation numérique des objets, la perte de contrôle de leur morphogenèse par les architectes.
Antoine Picon s’interroge, lui, sur la notion d’ornement, en en confrontant deux conceptions : celle de la culture traditionnelle et celle qui émerge avec les techniques numériques. S’appuyant sur le pavillon de l’Homme de Zurich, Olivier Gahinet s’essaie à démontrer que l’analyse est aussi du projet ; il développe un thème essentiel à l’architecture et à sa théorie, bien que peu exploré, au moyen duquel il nous fait voir d’un autre œil les dernières réalisations de Le Corbusier : celui de la sous-face, au regard des considérations d’échelle, de programme, de forme et de matière. Pierre Caye s’intéresse à la double vie de la théorie, ou plutôt à l’usage qui en est fait : d’une part, une fonction palliative qui vise à combler l’impuissance de l’architecture, et d’autre part, le verbe destiné à féconder l’acte de construire.
L’alliance féconde entre théorie et projet peut également trouver à s’illustrer dans l’œuvre singulière de certains architectes : nous avons souhaité dans ce numéro rendre hommage à Michel Kagan, par la plume de deux de ses compagnons de route : Laurent Salomon et Franco Purini, qui évoquent tous les deux son importance comme architecte et sa place dans l’histoire de la discipline.
Dans une dernière partie, Paolo Amaldi s’intéresse à l’École polytechnique d’Otaniemi d’Alvar Aalto, et nous en livre une analyse spatiale précise et raffinée ; Claude Prelorenzo, quant à lui, nous fait découvrir les essais cinématographiques de Le Corbusier qui dormaient depuis 1937 dans les archives de cet observateur enchanté de la vie ordinaire.