n°15

Description

Éditorial
Karim Basbous
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Pour Luis Barragán, Alvar Aalto ou Johann Otto von Spreckelsen, le projet était un travail personnel, patient, autonome. Ignacio Mendaro Corsini appartient à cette lignée d’architectes qui consacrent toute leur énergie à la conception de l’œuvre et à l’exécution de l’ouvrage, sans s’occuper de la communication publique.

Le lecteur découvrira dans ce numéro du Visiteur des bâtiments à l’image de leur auteur : nobles, tranquilles et confiants ; aussi réservés à l’extérieur qu’accueillants à l’intérieur. Le « dossier » dédié à l’architecte espagnol s’ouvre avec un article de Judith Rotbart et Laurent Salomon, qui met en lumière les fondements d’une modernité architecturale essentiellement castillane, en s’appuyant sur l’école de Cheles à Badajoz. Les autres textes, d’Aurora Cappai, d’Olivier Gahinet et moi-même, de Pascal Quintard Hofstein, et de Philippe Rivoirard, présentent quant à eux les Archives municipales de Tolède que Mendaro a achevées en 1998.

 

La seconde partie de ce numéro est consacrée à la question du territoire, avec une première sélection de textes issus du colloque organisé par la Société française des architectes et le CNRS[1].

Pierre Caye introduit la notion de dispositif pour rendre compte de la production territoriale et urbaine contemporaine, et s’efforce de comprendre en quoi cette notion se distingue du projet. Il interroge les origines et la puissance du système qui entretient l’expansion effrénée, sans limite, sans projet et sans forme, des étendues bâties qui n’appartiennent ni à la ville ni à la campagne. Bernardo Secchi récuse l’urbanisme technocratique englué dans des analyses dont il ne sait plus tirer profit ; l’auteur étudie le passé des villes en historien, leur configuration en géographe, les comportements humains en sociologue, mais sans jamais oublier que le territoire est une matière vivante irréductible à l’abstraction des grilles thématiques. Ses études sont celles d’un praticien et d’un théoricien : elles sont indissociables des propositions auxquelles elles donnent lieu pour rendre les grandes agglomérations européennes plus habitables. Dans la continuité des recherches qu’il mène depuis plusieurs années sur le numérique, Antoine Picon identifie ici trois caractéristiques majeures d’une ville où le développement des techniques de l’information met en question certains repères propres à la lecture ou à l’organisation de l’espace, tout en offrant au projet architectural de nouvelles possibilités d’agir. L’article que je signe porte sur la possibilité du projet urbain : où l’on entend par là non une localisation territoriale, mais une qualité spatiale que le contexte culturel actuel et les conditions administratives de la pratique professionnelle peuvent conduire à délaisser, et que seule la volonté du projet architectural peut défendre.

Deux contributions libres viennent compléter ce numéro. Hashim Sarkis fait de la notion de géographie un paradigme plus efficace que les catégories traditionnelles pour expliquer le rapport du projet architectural à son contexte. Enfin, l’examen par Pablo Pschepiurca du projet de Le Corbusier pour Buenos Aires nous le fait voir non comme un plan de ville arrêté, un « geste » idéologique, mais plutôt comme une œuvre ouverte, un dispositif poreux, inachevé, au service des évolutions futures.

[1] Colloque « Le territoire dans tous ses états », organisé par la Société française des architectes et le CNRS, les 13 et 14 novembre 2009, avec le soutien de l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée et de l’Urbaine de travaux.


La stratégie du secret
Judith Rotbart et Laurent Salomon
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Début de l’article…

L’architecture d’Ignacio Mendaro Corsini est représentative de l’actuelle attirance ibérique pour une modernité critique. Celle-ci réintègre la muralité dans les thématiques architecturales contemporaines. L’influence esthétique des sculpteurs basques Oteisa et Chillida – statufiés en muses de l’architecture – est souvent désignée pour justifier un retour des Espagnols aux racines de l’architecture méditerranéenne, celle qui dissimule ses merveilles au cœur du projet. Cependant, on ne doit pas réduire cette tendance à une simple proximité formelle : cette quête dépasse la recherche d’un résultat esthétique prédéterminé. La maison Dom-ino de Le Corbusier avait en son temps participé à fonder une théorie de l’indépendance de la structure et de l’enveloppe. Cette théorie avait alimenté une doctrine par laquelle le mur était « excommunié » de l’architecture. En Espagne, ce n’est plus le cas. Le mur est là, opacité majeure.

Nous comprenons ce processus de retour à la muralité comme une volonté de déconnecter architecturalement la question du contexte de la question de la fonction. Il ne s’agit pas de revenir sur la fonctionnalité ontologique de l’architecture moderne, mais de proposer un autre arbitrage entre le contexte d’un édifice et sa destination sociale. À l’extérieur, l’opacification d’une forme architecturale la requalifie en événement du paysage, la rapporte à cette échelle de perception ; elle ne parle plus directement de son contenu, mais se propose d’abord comme élément de contexte ; elle complète, restructure ou réinterprète une situation existante selon ce processus souvent qualifié d’intégration au site. À l’intérieur, privée de son rapport prédominant à l’autre, la fonction se développe sur elle-même, se résout et effectue au sein du projet son propre déploiement. Elle cherche sa lumière, fabrique un paysage secret dans lequel elle invente son horizon qui n’est plus alors partagé alentour. Elle s’invente hors de tout contexte, comme une fonction libre. Issu de cette stratégie, cet autre paysage, ni dehors ni dedans, pose une question théorique qui renvoie à l’essence même de la modernité.

Tolède et ses Archives
Aurora Cappai
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Structure de l’article…

Le lieu

« La personne à peindre se tient devant l’artiste comme un monde à découvrir[1] », soutenait Benedetto Croce. On pourrait en dire autant du lieu, qui se tient devant l’architecte comme un monde à découvrir.

Le temps du projet

La visite des Archives

[1] Benedetto Croce, Estetica come scienza dell’espressione e linguistica generale, Bari, Laterza, 1912, chap. I.

L’intermédiaire des chercheurs et des curieux

Archives de pierre, archives de papier

Karim Basbous et Olivier Gahinet
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Début de l’article…

Dessiner un bâtiment pour abriter les archives municipales au cœur de Tolède, c’était faire un projet important pour la ville, au statut majeur, mais où personne n’entre, hormis les chercheurs et les curieux. Il s’agit, en quelque sorte, d’un bâtiment public sans public. Ce paradoxe va nourrir le projet, dans la façon dont le bâtiment se montre à la ville, dans la façon dont on y entre, et dans la nature même des espaces intérieurs.

Profondeurs lumineuses
Pascal Quintard Hofstein
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Lebbeus Woods est un architecte américain qui construit peu. Célèbre pour ses dessins, il construit une œuvre picturale entre bande dessinée et univers piranésien : paysages de monolithes, canyons profonds, voisinages aliens, l’architecte dessine des espaces verticaux où la lumière naturelle semble sourdre de profondeurs abyssales dont nul ne discerne la source. 

Le puits et l’architecte
Philippe Rivoirard
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Début de l’article…

Au détour d’une rue de Tolède apparaissent une place, un mur, un percement, un perron, une porte. Pas de brutalité, mais une affirmation ; austérité et maniérisme, qualité d’exécution et justesse des couleurs.

Le mur contourné, sous le contrôle d’un petit guichet d’angle, une cour d’entrée distribue, d’un côté, une salle des fêtes aménagée dans une ancienne église et, de l’autre, les Archives municipales. Dans cette cour, autour de quatre fûts de colonnes polylobées, un banc, un cendrier et un lutrin métalliques s’entretiennent. 

La ville entre dispositif et projet
Pierre Caye
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L’urbanisme contemporain semble vérifier la définition que Quatremère de Quincy donne de l’architecture comme un art qui a les pieds en terre et la tête au ciel[1]. Mais la nature de la terre et du ciel dans l’architecture d’aujourd’hui est évidemment tout autre qu’à l’âge de l’architecture classique et néoclassique. Il ne s’agit plus de la terre du chantier et des fondations, ni du ciel des proportions et de leur harmonie. L’architecture et l’urbanisme restent une question de cosmologie, mais la cosmologie des hommes, comme celle des étoiles, a profondément changé depuis Quatremère. La terre « urbaine » est celle des rhizomes, des infrastructures en réseau, que sublime une esthétique de la fête, de l’événement, des singularités émergeant des réseaux de façon aléatoire et éphémère pour former une nouvelle voûte céleste au regard des hommes. Ce qui manque à cette cosmologie, c’est le sens de l’entre-deux, entre ciel et terre, là où l’architecture en tant que telle – en tant qu’elle n’est ni infrastructure ni spectacle – prend naturellement son site.

L’absence de l’entre-deux entre terre et ciel favorise la prolifération à la fois terrestre des réseaux et céleste des événements. Cette prolifération explique à son tour la confusion de la ville, la dissolution de l’entité urbaine d’un point de vue à la fois géographique et théorique. Vient à l’esprit cette pensée de Pascal dont on connaît par ailleurs le mépris pour tout ce qui est de l’ordre du divertissement et du spectacle baroques dont notre siècle a pour sa part hérité le goût :

« Un homme est un suppôt [un corps], mais si on l’anatomise sera-ce la tête, le cœur, l’estomac, les veines, chaque veine, chaque portion de veine, le sang, chaque humeur de sang ? Une ville, une campagne, de loin c’est une ville et une campagne, mais à mesure qu’on s’approche, ce sont des maisons, des arbres, des tuiles, des feuilles, des herbes, des fourmis, des jambes de fourmis, à l’infini. Tout cela s’enveloppe sous le nom de campagne[2]. »

Cette pensée de Pascal a pour titre « misère » : misère du réel incapable d’accéder à l’ordre, à la cohérence et à l’unité, misère de la pensée condamnée à n’en rien saisir sous l’effet du mauvais infini, qui ne cesse de diviser et de morceler la réalité.

[1] Antoine-Chrysostome Quatremère de Quincy, Encyclopédie méthodique d’architecture, I, Paris, Panckoucke, 1788, p. 110.
[2] Pascal, Pensées, fragment Sel. 99 (liasse misère) (Lafuma 65).

Une nouvelle question urbaine (I[1])
Bernardo Secchi
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Dans les dernières années, j’ai eu l’opportunité, avec Paola Viganò, d’étudier quelques métropoles : la Vénétie, une « ville diffuse » qui est à l’origine de nos études sur la dispersion urbaine ; la région d’Anvers au cœur d’une immense métropole diffuse qui de Lille s’étend jusqu’à Bruxelles, Rotterdam, Amsterdam et Cologne ; enfin, le Grand Paris, une agglomération de douze millions d’habitants avec au centre le Paris haussmannien, « icône du XIXe siècle ». À ces métropoles, il faudrait en ajouter d’autres qui ont été pour nous des expériences plus brèves, en Europe, en Amérique latine et en Chine.

Il s’agissait toujours d’études qui avaient pour objectif la construction d’un projet, sachant qu’il existe une connaissance propre, produite par le projet, dont la nature et le statut épistémologique sont complexes. Cette connaissance est indépendante de celle qu’ont produite les analyses urbaines traditionnelles[2]. Par ces études projets, nous sommes arrivés à la conclusion que nous sommes aujourd’hui, encore une fois, en présence d’une « question urbaine[3] » dont la nature nous a conduits à avancer des hypothèses.

[1] J’ai mis un « I » parce que, au mois de novembre 2009, j’ai donné trois conférences avec le même titre, « Une nouvelle question urbaine » : à Paris (SFA), à Zurich (ETH), et encore à Paris (ESDA). Le contenu des trois conférences a été évidemment différent. La première, à Paris et ici reproduite, concernait surtout les recherches que Paola Viganò et moi avons faites au cours des dernières années dans plusieurs aires métropolitaines européennes et surtout dans le Grand Paris. La deuxième, à Zurich, concernait essentiellement les recherches que la nouvelle question urbaine demande de développer ; la troisième, enfin, encore à Paris, les principales « métaphores » qui ont accompagné « la question urbaine » tout au long de son histoire. Bernardo Secchi, « A New Urban Question II », The Swiss Spatial Sciences Framework (S3F), Zurich, 18 novembre 2009 ; Bernardo Secchi, « A New Urban Question III : When, Why and How Some Fundamental Metaphors were Used », École spéciale d’architecture, Paris 28 novembre 2009.
[2] Paola Viganò, Il progetto come produttore di conoscenza, Roma, Officina, 2010.
[3] Je dis « encore une fois », parce que tout au long de l’histoire européenne, une question urbaine s’est présentée plusieurs fois. Au XVIIIe siècle sous forme de polémique à propos du luxe (Fénelon), et du lieu où se produisait la première accumulation capitaliste ; à la moitié du XIXe à propos de la question du logement (Engels), et du passage du système de production manufacturier au système de l’usine ; à la fin du XIXe siècle au sujet de la Grosstadt, et de l’émergence de la « foule » et d’une société de masse (Tarde, Le Bon, Park, Simmel, Kracauer, Benjamin) ; au XXe siècle, dans l’entre-deux-guerres, ce fut l’émergence du fordisme et de la mécanisation du monde (les utopies urbaines de Le Corbusier, Wright, les désurbanistes…) ; dans les années 1960 (Castells, Lefèvre, de Certau), on assista à la fin du fordisme et au début de la crise écologique. Chaque fois que le mode de production a changé et avec lui les relations entre les différentes couches sociales, une question urbaine a émergé. Ce thème a été plus longuement développé dans Bernardo Secchi, « A New Urban Question II and III ».

La ville numérique : un nouvel espace de projet
Antoine Picon
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L’intervention proposée portera sur les nouvelles occasions de projet liées à l’essor du numérique dans les villes. Ces possibilités tiennent à la fois aux techniques disponibles, comme les multiples interfaces entre réalités physique et électronique qui se développent aujourd’hui, et à la montée en puissance d’une poétique urbaine inédite. Tout n’est pas pour autant pour le mieux dans le meilleur des mondes. Car le projet à l’ère du numérique peut obéir à des impératifs parfois discutables. Le souci de repenser l’espace public cohabite ainsi avec une volonté de contrôle des individus fondée sur l’alliance du biométrique et des techniques de quadrillage spatial.

Ce que la ville doit au projet
Karim Basbous
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« On simule ce qui n’est pas, on dissimule ce qui est. »
Torquato Acetto

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« L’air de la ville rend libre » ; je me saisis d’une maxime germanique qui, bien qu’âgée de plus de cinq siècles, se livre encore à de nouvelles interprétations. Si cette formule ne saurait être un postulat, peut-on du moins l’adopter comme un credo, auquel le projet pourrait adhérer. À l’heure où une migration urbaine sans précédent a conduit plus de la moitié de la population mondiale à vivre dans des villes qui se construisent au gré des opportunités du marché, on est en droit de se demander comment cette volonté de transformation chargée de valeurs non marchandes qu’on appelle le projet architectural peut négocier son action sur un territoire qui se présente comme une monnaie politique, économique et culturelle. La ville se réduit-elle à un constat démographique et économique, ou peut-on voir dans la nécessaire proximité des édifices, des espaces et des usages, la possibilité d’une amitié, l’occasion d’un projet de territoire qui arrache l’édifice de son individualité ?

Le Corbusier et l’urbanisation de Buenos Aires : plan ou programme[1]?
Pablo Pschepiurca
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Entre octobre 1937 et 1938, Jorge Ferrari Hardoy et Juan Kurchan ont élaboré, sous la direction de Le Corbusier, les grandes lignes d’un plan directeur de Buenos Aires. À ce jour, on ne s’est pas suffisamment intéressé à ce « plan ». Cela s’explique essentiellement par le contexte politique et les limitations techniques auxquelles il a pu se heurter, mais aussi par la dispersion physique du matériel documentaire et la publication avortée du livre sur Buenos Aires. L’« échec » du plan a été attribué aux limites de l’idéologie urbaine des CIAM et à la volonté de ses auteurs d’appliquer des recettes toutes faites pour une prétendue « table rase ». Un autre point de vue, somme toute pas très différent, le présentait comme une réussite, soulignant que bon nombre de ses propositions ont été par la suite mises en œuvre. À notre avis, le plan n’est ni un exercice de laboratoire ni un ensemble d’idées-forces prémonitoires, mais un projet porté par plusieurs ambitions.

[1] Ce texte s’inspire d’un travail de recherche sur Le Corbusier et ses élèves argentins, publié dans La Red Austral par Jorge Liernur avec la collaboration de Pablo Pschepiurca, Argentine, UNQ, 2008.

Une question de géographie
Hashim Sarkis
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Le terme « géographie » est de plus en plus utilisé pour identifier l’ensemble des facteurs externes liés au site, qu’il s’agisse d’un contexte élargi, notamment au climat, au paysage – toujours considéré comme un facteur externe –, ou au contexte socioéconomique[1]. Ce même terme signifie également la synthèse générale des caractéristiques physiques et sociales permettant de distinguer le site du projet de son environnement, synthèse que l’architecture aspire à atteindre. Si l’on considère que les catégories de ville ou de banlieue, voire de centre-ville ou de quartier, que l’on utilisait habituellement pour qualifier le contexte, deviennent de plus en plus difficiles à défendre, on comprend l’intérêt de ce terme de « géographie » pour servir à cette fin.

[1] L’utilisation du terme « géographie », comme une série de phénomènes sociophysiques et comme discipline, n’est pas nouvelle. Pour Patrick Geddes, la géographie a fourni une couche au-dessous de sa coupe de la vallée (voir Cities in Evolution. An Introduction to the Town Planning Movement and the Study of Civics, Londres, 1915). Les architectes ont souvent basé leurs qualifications du site sur la géographie, et sur sa capacité à faire le lien entre les aspects sociaux et physiques de leur travail. Aldo Rossi et Kevin Lynch ont souvent utilisé les géographes pour lier la dimension sociale de leurs analyses des villes avec des analyses formelles dont elles faisaient également l’objet. Aujourd’hui, nombre d’anthologies et de cours sur la ville se réfèrent à des textes de Mike Davis, David Harvey, et Edward Soja. Le non-place (non-lieu) dont parlent de nombreux architectes anglo-saxons est directement lié aux analyses sur l’ubiquité de ce qu’ils appellent placelessnesss dans un monde de plus en plus globalisé.

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