n°2

Description

Éditorial
Sébastien Marot
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On nous avait prévenus. Le deuxième visiteur serait le plus douloureux, le plus difficile. Au premier l’effet de surprise, au second la charge de la preuve, avec l’inconfort de se savoir attendu.

Bâti sur le même principe que le précédent, le sommaire de ce numéro se divise en deux parties qui répondent pour l’essentiel aux deux tâches que le visiteur s’est assignées : 1. produire de nouvelles critiques et de nouveaux témoignages sur les situations construites, sans préjugé « d’actualité », 2. rendre les débats sur l’aménagement et sur le projet davantage conscients de leurs enjeux et de leurs cultures, en publiant notamment le meilleur des conférences données à la Tribune d’histoire et d’actualité de la Société française des architectes.

Les quatre textes que l’on trouvera réunis dans la première partie, volontairement athématique, diffèrent tant par le sujet que par le genre. La contribution d’un écrivain qui n’en est pas à sa première visite et celle d’un artiste assez optimiste pour rectifier le cours de la Seine à Paris sont ainsi rapprochées de deux essais qui témoignent eux-mêmes de tentatives critiques sensiblement différentes l’une de l’autre. Avec ce deuxième numéro, l’heure n’était plus seulement à la défense et illustration d’un programme, mais à son exploration, et aux expériences auxquelles l’intention de visiter peut effectivement donner lieu. Au lecteur d’apprécier si elles dessinent ensemble les contours d’un projet ou d’une conversation possibles.

Dans la seconde partie, elle tout à fait thématique, nous avons cette fois choisi d’attirer l’attention sur une certaine famille d’historiens et de critiques de l’urbanisme, que notre époque, qui les connaît de nom, a curieusement oublié de rééditer, sans d’ailleurs que l’on sache très bien quels remplaçants elle leur a trouvés. C’est ainsi que ni Une vie de cité, Paris de sa naissance à nos jours, de Marcel Poëte, ni la monumentale Histoire de l’urbanisme de Pierre Lavedan, ni Naissance et méconnaissance de l’urbanisme, de Gaston Bardet ne sont aujourd’hui disponibles en librairie. Mis en balance avec l’ampleur de vue et la stimulante imagination historique de ces trois auteurs, les quelques erreurs ou préjugés qui « datent » leurs ouvrages nous paraissent loin de justifier pareil rancart. Nous serions donc heureux si les trois portraits critiques que nous donnons ici, augmentés d’extraits et de bibliographies, pouvaient encourager l’édition française à republier enfin ces indispensables vade-mecum de la visite.

Du rapprochement de tous les textes que nous livrons ici, il semble que Paris soit nettement le terrain privilégié de ce second visiteur. Le hasard n’est sans doute pas seul en cause, et nous souhaitons que des correspondants s’improvisent un peu partout.

Le visiteur remercie enfin ses abonnés (que nous n’osions pas attendre si nombreux dès le premier numéro) pour la confiance qu’ils lui ont témoignée en ne venant pas s’inquiéter tous les jours d’un « trimestriel » qui ne paraît encore que tous les huit mois. Il fallait choisir entre contenu et ponctualité ; nous espérons aujourd’hui que ce second numéro dédommagera le lecteur de son attente en lui donnant de quoi patienter jusqu’au troisième.


Bastille-Vincennes : visite de la promenade plantée
Sébastien Marot
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 pour Aimée Ravante

C’est par un dimanche d’avril, l’année dernière, que j’ai découvert la promenade plantée, quelques jours à peine avant l’ouverture au public de sa séquence la plus remarquée. Mal informé — comme beaucoup de gens qui continuent de confondre la fameuse « coulée verte » avec sa seule section aérienne sur le viaduc ferroviaire de l’avenue Daumesnil —, j’ignorais jusqu’alors que les autres tronçons du parcours, entre Reuilly et le Périphérique, avaient été progressivement livrés aux promeneurs depuis 1989. Il est vrai que l’occasion de se rendre dans les lointaines profondeurs du XIIe arrondissement ne se présente pas forcément tous les jours, et que la nature même de la coulée verte, à savoir d’être un parcours alternatif aux réseaux de déplacement quotidien, l’exposait à cet incognito. Enfin, la reconversion d’une friche ferroviaire en promenade relève a priori de ces opérations discrètes qui sont surtout sensibles à leurs riverains immédiats.

On dirait qu’elles ont bougé
Jacques Réda
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Avant même de savoir exactement — si jamais je parviens à l’apprendre — ce que signifient la composition et la simple existence de ce monument, je voudrais en peu de mots le décrire tel qu’il m’apparut un dimanche, rue Louis-Blanc. Dans un décrochement aménagé en terrasse, à une extrémité du pont qui franchit les voies de la gare de l’Est, il se dresse contre un mur derrière une grille assez basse, et j’ai pu tourner tout autour sans découvrir la moindre indication — dédicace, titre, date, signature — sur le socle qui repose au sommet d’un petit tertre de gazon.

« Faune aux enfants », Yvonne Serruys, 1929 / « Le répit du travailleur », Jules Pendariès, 1907 / « Statut du Président Pierre Mendès France », Pierre Peignot / « Statut de Blum », Philippe Garel / « La moisson », Léon Deschamps, 1905 environ.

De quelques manières d’être un architecte moderne
Manuel Delluc
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« Je suis entre moi-même et moi cet intervalle — Ce Moi qui va portant la forme définie D’où vers un autre encore en suivant je dévale Dans un autre monde… »
Fernando Pessoa

RENZO PIANO / RICHARD MEIER / REM KOOLHAAS / ALVARO SIZA.

Projet de redressement du cours de la Seine à sa traversée de Paris
Jack Vanarsky
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Ce projet de redressement du cours de la Seine établi en 1991, année du bicentenaire du baron Haussmann, a été réalisé par Jack Vanarsky dans le cadre des travaux de l’Ouvroir de Peinture Potentielle. Il a été présenté au Chiostro di San Marco, à Florence, lors de l’exposition Attenzione al Potenziale, en mai 1991, et au Centre Georges-Pompidou, à Paris, lors de l’exposition Visions urbaines, en février 1994.

Marcel Poëte, un militant de l’histoire urbaine
Donatella Calabi
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Marcel Poëte (Doubs 1866-Paris 1950) n’est pas un inconnu. Il est souvent célébré comme l’un des grands protagonistes de la pensée urbanistique européenne du début du siècle, même si l’on se réfère à lui à travers quelques citations et un certain nombre de formules fameuses plutôt que pour l’intérêt propre de son œuvre.

Une vie de cité par l’image
Marcel Poëte
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De ce monde d’images comment dégager les linéaments de la cité évoluant au cours des âges ? En s’appliquant à considérer dans une image, comme dans un autre document, non pas la présentation telle quelle des choses ou des êtres, mais le fait urbain que peut révéler cette représentation.

Ce texte, extrait du quatrième volume de Une vie de cité, Paris de sa naissance à nos jours (Album), clôt l’introduction où Poëte tente de définir la méthode d’analyse iconographique de la ville et de son évolution qui a présidé au choix de 600 illustrations.

Pierre Lavedan, de l’histoire de l’art à l’architecture urbaine
Pierre Pinon
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En 1926, quand paraissent simultanément, Histoire de l’urbanisme. Antiquité, Moyen Âge et Qu’est-ce que l’urbanisme ? Introduction à l’histoire de l’urbanisme, l’histoire de l’urbanisme fait véritablement son apparition en France[1]. Le XIXe siècle n’avait produit que quelques essais[2] — par ailleurs intéressants pour l’historiographie —, et les traités d’urbanisme français, comme celui d’Edmond Joyant, ne comportaient guère que quelques rappels historiques.

[1] Sa thèse et sa thèse complémentaire qu’il soutiendra la même année et dont le titre initial était Histoire de l’architecture urbaine paraîtront toutes deux chez l’éditeur Henri Laurens (beau-frère de Jean Bonnafous, un compagnon de « turne » de Lavedan à l’école normale supérieure), chez qui Lavedan publiera régulièrement ses ouvrages sur l’urbanisme jusqu’en 1966. Nous tenons l’essentiel des détails biographiques sur Lavedan de Jeanne Hugueney, sa collaboratrice depuis le début des années soixante. Qu’elle trouve ici l’expression de nos remerciements.
[2] Par exemple P. Landry et A. Lenoir, « Théorie des villes. Comment les villes se sont formées. », dans Revue générale de l’architecture, 1854, ou L. Reynaud, Traité d’architecture, Paris, 1858, t. II, ch. VII, « Villes ».

Évolution des villes, la position du problème
Pierre Lavedan
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Un fait est certain, sur lequel tout le monde est d’accord : les villes évoluent, se transforment. Certaines apparaissent, quand d’autres disparaissent. Il en est qui grandissent et d’autres qui déclinent. Il suffit, pour s’en rendre compte, de comparer la carte urbaine du monde antique et celle du monde moderne. Quand les grandes cités s’appelaient Babylone ou Thèbes d’Egypte, ni Paris ni Londres ni New York n’existaient encore.

Ce texte, extrait d’un polycopié publié par l’Institut d’urbanisme de l’université de Paris, forme l’introduction du cours d’histoire des villes de l’année académique 1948-1949.

Le « nouvel urbanisme » de Gaston Bardet
Jean-Louis Cohen
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Figure presque oubliée aujourd’hui, et dont les œuvres s’effacent, puisque son volume sur L’Urbanisme a disparu de la collection « Que sais-je ? » où il avait pris place en 1945, Gaston Bardet reste, par son travail théorique, didactique et critique, une figure majeure de l’urbanisme français du XXe siècle.

Le dilemme de Neutra ou l’urbanisme, antidote de la préfabrication
Gaston Bardet
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Quelque temps avant la Deuxième Guerre mondiale Frank Lloyd Wright était venu à Paris montrer un film de ses œuvres qui fut pour beaucoup une véritable révélation, film en couleurs donnant une idée réelle de son architecture profondément incarnée dans le Cosmos[1].

Cette fois, c’est Richard Neutra qui vient exposer sa méthode d’enseignement et montrer des projections de ses œuvres, où la couleur joue également un grand rôle.

L’Architecture d’Aujourd’hui consacre en 1946 son premier numéro monographique de l’après-guerre à Richard Neutra, en qui Marcel Lods voit l’image même de l’architecture moderne. Ceci explique que Bardet utilise ses louanges de Neutra pour attaquer de flanc les partisans de l’industrialisation.

[1] Cet article est le second d’une série publiée dans L’Architecture française par Gaston Bardet, la première partie s’intitulait « L’architecture de l’amour ».

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